Four seasons
Tu as posé les pattes sur Four Seasons !

Tu te retrouves dans un monde étrange, peuplé d'animaux désignés comme dangereux... Des loups !
Mais ne t'inquiètes pas : ils sont civilisés et ne te mordront pas au moindre mouvement ! (encore que...)
Viens incarner TON loup ou TON chien et fais le vivre à travers des aventures nommées RP !



Votre devoir sera de rétablir la paix des saisons, mais il y a toujours des trouble-fêtes...

 

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 It feels like an ocean between me and you [feat. Mae]

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Akasan
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MessageSujet: It feels like an ocean between me and you [feat. Mae]   Mer 11 Juil 2018 - 23:27

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You know i'd rather drown
feat. Maelia
Than to go on without you

Cela faisait longtemps, désormais.
Longtemps qu’il n’avait plus songé aux jours, songé aux nuits, presque comme autrefois - et en vérité, le paradoxe de la situation aurait pu l’amuser -, lorsqu’il errait, inconscient du temps, inconscient de sa propre vie, dans les paysages figés du Fjord. Le temps s’était écoulé comme un bourreau, et il s’était surpris à apprécier la neige molle qui tapissait désormais ses terres. Il avait songé errer, s’éclipsant parfois à quelques mètres de la caverne, espérant s’élancer dans ces escapades solitaires qu’il appréciait tant; mais il n’était jamais vraiment parti, incapable de s’éloigner encore, de laisser là ce que l’avenir avait tracé pour lui. Et loin étaient désormais ces temps chéris où il choisissait d’ignorer sa couronne; l’or pesait désormais sur son crâne, fondant sur son visage comme un sceau. Les responsabilités l’incombaient, retombant sur lui en fardeau qu’il s’était jusque lors refusé à porter. Mais, et en vérité, l’intendance de son royaume lui importait peu; et il se sentait profondément trahi, brisé en deux par l’équilibre précaire qu’il s’était voué à croire solide.
Il s’engagea nonchalamment contre les parois de glace, semblant s’étirer dans la caverne chatoyante. Son reflet miroita un instant contre les vestiges de givre; il croisa son regard, et fut surpris du visage terni qui lui faisait face. Si son apparence ne lui avait jamais, en vérité, sincèrement importé, il s’impressionnait finalement des changements subis. Ses mèches, d’un indigo légèrement éclairci par l’âge, cascadaient contre ses joues, masquant parfois ses prunelles corollées de givre. Nouées en multiples tresses soigneusement liées, sa chevelure se rompait contre son échine, serpentant sur ses épaules en masse épaisse. Sa crinière s’était ébauchée, hérissant sur ses lombaires une toison broussailleuse. Sa musculature - celle du vagabond, celle du voyageur - s’était renforcée, étirant sur ses épaules des courbures sèches et régulières. Il se mouvait en silence, dans une souplesse endurcie par les jours précédents; il aurait souhaité associer à cette raideur le poids des années, mais la réalité le bousculait, le frappait sans remords, abattant sur ses membres accablés un poids supplémentaire. Il lui semblait désormais que ses os pesaient, se fondaient contre sa chair pour se mouler dans ses veines. Son esprit mutilé, brisé en petits éclats de verre, vagabondait parfois, éparpillant dans les bribes d’une conscience broyée quelques débris de pensée, comme pour se rappeler encore de ce qu’il avait perdu. Il trainait son corps comme un fardeau, supportant sa carcasse en obligation; il ne concevait plus véritablement ses choix, se pliant sans volonté à ses devoirs. Et l’émotion qu’il haïssait le plus, en vérité, s’il pouvait encore haïr, se réduisait dans ce mince sentiment d’impuissance qui, alors que les composants de son coeur se dispersaient comme une traînée de poussière, substituait progressivement la perle de sa poitrine. La réalité se distordait autour de lui, évoluant dans une dimension qu’il ne connaissait pas; avait peut-être redouté, mais ne connaissait pas. Et l’incertitude le terrifiait. Il avait tenté, encore et encore, tenté de modeler ce qu’il ne maitrisait plus, tenté d’influencer un ruisseau qui, ignorant de sa volonté, de ses barrages, déboulait comme une marée dévastatrice sur le paisible royaume qu’il avait construit. Il avait cru en ses fondations, persuadé qu’une terre meuble et une surface tangible ne représenteraient qu’un maigre défaut, et qu’il serait aisé de rebâtir ce que l’eau avait happé.
Il avait eu tort.
L’océan était un fléau. L’acier chatoyants des caves, les sillons de métal qu’il avait fondu dans la terre, soutenant le prestige d’un palais, s’étaient déchirés comme une marée de petit bois, emporté en brindilles brisées dans des nuées d’écume. Il avait vu son monde s’effondrer, s’écrouler alors que la mer l’emportait au loin, berçant dans ses crocs affamés le souvenir d’une vie perdue. Et dans la honte, dans l’horrible honte qui, si elle pouvait dépasser la douleur, l’avait répugné, l’abandonnant au parfum amer que l’impossible versait contre sa langue, il s’était presque surpris à pleurer. Le roi, le grand roi - et il s’en moquait, éperdument -, à la couronne tressée de bois, le prince des steppes, le seigneur du Fjord; le père, le père ! s’était effondré comme un louveteau, retombant dans la facilité des larmes puisque son royaume mourrait sous les glaces. Jamais, jamais sa couronne n’avait autant pesé, et s’il avait chéri son domaine de silence, loin derrière les terres décimées de l’Hiver, il haïssait toujours cet or factice et mordant, qui pourrissait son crâne, qui blasphémait un coeur de givre et de vent. Et il aurait souhaité partir, s’éloigner comme autrefois, fuyant ceux qui n’avaient jamais étés les siens; mais il réalisait, désormais, et douloureusement, que cette lâcheté, préservatrice en apparence, avait été la cause de leur chute. Et il ne pouvait se permettre, encore une fois, pour les rêves d’un immortel enfant piégé par les toiles de la responsabilité, de délaisser ceux qu’il avait laissé tomber. Son royaume s’écroulait, s’effondrant sur lui même, tandis que d’un regard impuissant, il observait un domaine exploser de l’intérieur. Juché sur une colline, noyé dans sa honte, il dardait l’or déclinant du soleil, posant sur son trône le regard désespéré d’un roi sans couronne. En vérité, et son titre de monarque devenait progressivement un détail, il savait que ce siège là n’était plus celui d’un seigneur; mais celui d’un père. Et dans le crépuscule, dans le crépuscule grandissant, il s’était promis :
Qu’importaient rois et reines, seigneurs de guerre ou autres figures grandioses de la guerre. Ils vivaient dans un monde en ruines. Leur royaume n’était qu’un amas de débris flottants, et ils erraient, juchés sur des radeaux, en quête d’un horizon. Il lui avait semblé que tout prendrait un sens, une forme, lorsque la sentence serait prononcée. Et ses convictions s’étaient révélées avérées : le redouté s’était esquissé en certitude. Et il l’avait haï. Du plus profond de son âme, lorsque les syllabes, les syllabes d’un être qu’il avait aimé, chéri plus que tout autre, avait cinglé, poignardant le cœur d’une étoile mourante. Il avait pensé survivre, véridiquement, tandis que les eaux le submergeaient encore. Mais la vérité était là.
Son radeau s’était renversé, assailli par le fleuve qu’il avait endigué. Il avait basculé, sombrant dans les abysses pour tourbillonner dans les ténèbres, noyé dans une obscurité qu’il lui avait semblé reconnaître. Il avait retrouvé des visages, retrouvé des sourires, des éclats de voix dans l’ombre ; et comme au premier jour, il les avait haï. Le goût amer était revenu, submergeant sa gueule comme le sel des marées, emplissant ses sens d’une acidité écoeurante, qu’il aurait volontiers recrachée si son propre sang ne portait désormais les traces de ce poison. En errant dans les tréfonds, attiré par une polarité infinie et insensé, il s’était surpris à comprendre finalement les voix, à comprendre ces mensonges qu’il avait cru profanés. Son coeur s’était glacé en percevant nettement les visages haï; ces visages mêmes qu’il aimait profondément.
Le naufragé avait émergé dans une gerbe d’écume, projetant dans l’air marin un souffle de douleur. Il avait regagné son radeau, regagné sa terre précaire entre les flots. Et, alors que la marée léchait sa carcasse abattue, il avait réalisé : il était seul, seul désormais. Les épaves de son royaume s’étaient dispersées, drainant dans leur sillage le souvenir instable des êtres qu’il avait aimé. Il était demeuré. La honte aussi. Abandonné à son erreur, roi sans trône et père sans famille, il avait recommencé à pleurer.
Le loup bleu évita soigneusement quelques de ses congénères, gagnant rapidement la sortie d’une allure légère et mesurée. Lorsque le désert se présenta, il leva le nez, flairant l’air matinal tandis qu’une rosée givrée auréolait sa toison de myriades de glace. Un rictus convaincu étira ses lèvres, le laissant s’élancer dans la poudreuse. Dans le flux interrompu de ses pensées brisées, il se concentra sur ce bref parfum de lune et d’étoiles.
Il trottinait encore quand la silhouette de l’autre se présenta sur l’horizon, tâche informe dans l’infinité du désert. Un océan d’astres tapissait encore les cieux, s’évasant progressivement pour laisser se dessiner dans leur traîne les premières lueurs de l’aube, découpant largement l’ombre crème. L’hivernal ralentit son allure, alignant soigneusement ses pas et veillant à n’émettre aucun son susceptible de briser leur silence. Il s’approcha lentement, laissant l’air se teinter de son souffle blafard. Dans un murmure mat de poudreuse écrasé, il s’installa à quelques centimètres de la Librelune, dardant l’horizon sans oser véritablement la regarder.
«  J’ai pensé que tu te sentirais seule. »


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