Four seasons
Tu as posé les pattes sur Four Seasons !

Tu te retrouves dans un monde étrange, peuplé d'animaux désignés comme dangereux... Des loups !
Mais ne t'inquiètes pas : ils sont civilisés et ne te mordront pas au moindre mouvement ! (encore que...)
Viens incarner TON loup ou TON chien et fais le vivre à travers des aventures nommées RP !



Votre devoir sera de rétablir la paix des saisons, mais il y a toujours des trouble-fêtes...

 
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Un voyage sans retour.
Lukhe
Pousse
Lukhe
Race : Loup/louve
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Date d'inscription : 11/07/2016
Âge : 19

Identité du loup/chien
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En couple ?: AVY /PAN/
Mer 11 Juil 2018 - 18:57

Adieu, amis, ennemis, bonjour liberté.


Ses pattes tremblaient. Une profonde appréhension se mêlait peu à peu à l’excitation et au désir imprévue de découverte et de renouveau. A pas lents et mesurés, il se rendait en un lieu bien connu, apprécié, afin de pouvoir se gorger des effluves de son territoire, du Printemps en ce plein été, et enfin pouvoir purger ses derniers doutes. Lukhe n’était plus qu’à quelques mètres de cet endroit à l’histoire si particulière à ses prunelles, et il ralentit davantage encore la cadence. Relevant les yeux sous sa mèche chocolat, plus longue qu’elle ne l’avait été lorsqu’il était plus jeune, il contempla les arbres sombres, les relents de brumes, et le ciel qui se paraît peu à peu des lueurs du jour. Il n’était plus un enfant, ni même un de ces jeunes effrontés. Son poitrail avait achevé de s’élargir, ses pattes étaient celles d’un bel adulte, et son âme demeurait celle d’un mâle aventureux et un rien solitaire. Le lac fut bientôt visible malgré ses efforts pour repousser l’échéance. Il se sentait serein, désormais, avec cette odeur d’eau fraiche, de mousse et de roche qu’il percevait tout autour de lui. C’était la meilleure des idées qu’il ait pu avoir.

Il laissa s’égarer ses pensées alors qu’il s’asseyait, non loin de la rive, mais avec suffisamment de distance pour ne pas avoir à subir de petites moqueries de la part de son alter-ego si peu apprécié. Ses poumons se gonflèrent à nouveau d’air, et il sentit se hérisser jusqu’au plus petit duvet sur son corps, les yeux mi-clos, la truffe frémissante. La dernière fois qu’il était venu apposer ses traces dans la terre humide remontait à si loin… Et tellement de choses avaient changé depuis. Le printemps était sa famille, sa maison doucement acquise avec le temps, mais tout s’était modulé autour des évènements. Et, dès lors, il ne s’y sentait plus que comme une âme vide, voguant, vaquant, sans réelle consistance. Un Soldat qui ne voulait plus défendre, un Printanier qui ne désirait plus se battre. Il avait fait le tour de son territoire. Il en connaissait chaque recoin, chaque brin d’herbe. Tous ces lieux faisaient remonter des flots de souvenirs diffus, doux-amer, qu’il s’empressait de se remémorer afin de les graver plus profondément dans sa mémoire.

Les cerisiers… Leur odeur tendre sur la truffe, et celle plus forte de la pourriture, vestige d’une sieste avortée pour la joie d’une boule de poils verdâtre insupportable. Là, de même, de l’eau avait coulé sous les ponts, et il n’était désormais plus très sûr que l’ancienne chasseuse de lézard se laisserait rouler dessus si aisément.

Le rouge des coquelicots, si différent de ce bleu pâle de l’eau qui gisait, immobile, devant lui, à quelques pas à peine. Une petite silhouette frêle, et une affection de quelques minutes. L’amertume des cendres, et la marche pour se trouver un abri lorsque le Volcan avait explosé soudainement de tout son courroux. Là encore, il s’agissait de rencontres brèves, dont il gardait une idée vague, mais pas pour autant déplaisante. Printanier ou non, après tout, qu’est ce que cela changeait à l’âme même d’un loup ? Âme… Lukhe se souvient soudain du nom. Ame. Ame… Peut-être aurait-il pu s’appliquer à mieux le connaître, mais force était de constater qu’il n’appréciait guère de trop parler.

Il gratta pensivement le sol, devant lui, traçant quelques traits grossiers, laids, qui n’avaient aucune signification autre que de tromper sa réflexion. A trop flâner sur tous les territoires, il conservait de meilleures images des autres Clans que du sien. Une petite loupiote rouge, qui devait sans doute être plus haute que lui à l’heure actuelle. Il ne l’avait jamais revue. Fort heureusement, il n’avait pas non plus recroisé l’étrange loup hivernal qui avait failli lui arracher la peau. Quelque chose en lui le déplorait un peu, mais il chassa l’idée d’un geste de tête. Aucune raison de s’apitoyer.

Et enfin… Ce lac. Ce beau lac. S’il n’avait pas erré un beau jour dans les parages, il n’aurait pas été le loup qu’il se trouvait être à ce jour. Il entreprit d’en faire soigneusement le tour, rêveur. Il ne se souvenait pas très bien. C’était… Par-là, peut-être ? Entre ces troncs noueux ? A moins que ce ne fut au loin, dans ce petit renfoncement ? Par défaut, il s’assit sur une pierre un peu surélevée, afin d’avoir une vue d’ensemble, et il entreprit de lisser son poitrail duveteux qui faisait toute sa fierté. Oh oui, ce lac… Il ne nécessitait plus aucune légende fumeuse pour posséder une réelle signification à ses yeux. Ces derniers laissèrent leurs délicates prunelles d’argent s’embrumer, alors que le brun attendait, sans relâche, avec la patience d’un saint et l’immobilité du marbre.

Mais que faisait-il ici ? C’était là toute la question qui pouvait tourmenter. Il fuyait. Il fuyait la confusion et la guerre. Il ne se sentait pas impliqué outre mesure. Le volcan l’avait déjà ébranlé. Désormais, l’accident du Corbeau lui restait en travers de la gorge. A quoi bon demeurer sur ces terres qu’il connaissait si c’était pour y laisser sang et larmes ? Pourquoi ne pas simplement s’envoler au loin, récupérer l’ascendant sur sa vie ? Découvrir monts et merveilles et, peut-être, un jour trouver la solution à sa malédiction ? Et pourtant le départ tardait. Il ne parvenait à partir. Il avait laissé s’écouler jours et nuits avant de se décider. Maintenant que le brun y était, néanmoins, il ne ressentait pas l’urgence de partir. Il repoussait même l’instant fatidique. D’abord de quelques minutes, puis de quelques heures. Faire le point lui prit plusieurs heures, mais bientôt il sentit tout cela s’effacer pour une douce lassitude. Puis la déception commença à pointer, et dès lors allongé, il soupira plus que de coutume. Le soleil continuait sa course, chauffant son pelage, la terre, illuminant les flots, mais lui n’y voyait là qu’une bien triste nouvelle.

Il était seul.
La forêt s’activait, les feuilles bruissaient, certains oiseaux chantaient, mais son cœur à lui ne conservait aucune mélodie en son sein. Ce n’était pas censé se passer comme ça. Alors il attendit encore, ne quittant son poste que pour aller boire. Finalement, il trouva une utilité à son pouvoir en entamant une longue dispute avec l’Autre qui demeurait, et grandissait peu à peu dans son reflet. Cela lui crevait le cœur, ces paroles, mais après tout, c’était divertissant. Il n’en avait plus une peur panique, mais la haine croissait, se diluait dans son sang. Un jour, il aurait la peau de cette créature. L’astre commença à décliner, et avec lui ses petits espoirs futiles. Il devait partir. Il se devait de filer maintenant. Mais il n’esquissa pas un geste, pas encore, pas après tout ce temps.

-C’est fichu, mon grand, viens donc me voir moi, on sera tellement bien ensembles…


Cette voix vicieuse s’insinua jusqu’à ses oreilles sans qu’il n’y prît garde, et il se recula avec vivacité, piqué au vif. Tant pis. Tant pis pour tout, tant pis pour lui et toutes ces promesses. Il jeta un regard de profond dégoût à cet être perfide, et bondit loin du lac. S’ébrouant vivement, il chassa l’engourdissement de ses pattes comme il le put. Les bois s’assombrissaient. C’était trop tard, désormais. Alors, Lukhe se détourna, et entreprit de remonter la pente de la berge, la queue basse.

Il ne se rendit pas tout de suite compte que quelque chose venait de changer. Les oiseaux s’étaient tus. Il n’y avait pas pris garde tout d’abord, pensant que la venue du soir les avait repoussés dans leurs nids. Mais il ne s’agissait pas de cela. Il le réalisa lorsqu’un fumet familier effleura sa truffe. Il releva alors la tête, le cœur battant, et sa queue remua doucement, dans son dos, alors qu’il sentait le soulagement irradier peu à peu dans son être.

Il était venu.

Stoppant sa marche, il s’efforça de ne pas laisser sa joie être trahie sur son visage.

Il pouvait désormais tourner la page.

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